Présentation
Mairie
Pour venir
Services
Vie associative
Tourisme
Monuments
Curiosités
Manifestations
Numéros utiles
Plan du site Contact Actualités Accés, plan Urgences
Curiosités

Un nom, une rue...


A chaque coin de rue, les plaques retracent l’histoire, la grande et parfois la petite. Elles rappellent des événements importants ou anecdotiques, évoquent des hommes et des femmes au destin particulier, acteurs de l’histoire nationale ou locale, des activités d’autrefois, voire des bâtiments disparus. Elles sont autant de pages d’un livre d’histoire que nous vous proposons d’ouvrir, à chaque parution de Canal 11.


Alphonse de Lamartine


     Commençons par Alphonse de Lamartine dont les dictionnaires nous disent qu’il était poète, écrivain et homme politique.
    
     Une rue (autrefois rue des arbres et du marché aux chevaux) et le collège public portent son nom.

     Né le 21 octobre 1790 à Mâcon, dans une famille de petite noblesse, il est donc bourguignon. C’est en 1820 qu’il publie sous le titre de Méditations un recueil de 24 poèmes qui produira l’effet d’une révolution. Rencontrant immédiatement un succès extraordinaire, il rendit son auteur célèbre, faisant de lui l’un des pères du romantisme.

     Certains d’entre vous se souviennent encore de ces vers appris à l’école, ou au lycée, et extraits du plus célèbre des poèmes des Méditations, intitulé Le Lac :

" O  temps suspends ton vol ! et vous, heures propices,
Suspendez votre cours !
Laissez- nous savourer les rapides délices,
Des plus beaux de nos jours ".
     Auteur à succès, Lamartine mène, en parallèle, une carrière de diplomate en Italie et se voit élu à l’Académie française en 1830. Cette même année, la Révolution de juillet chasse Charles X et amène au pouvoir Louis-Philippe. Elle pousse Lamartine à entrer en politique.

     Il est élu député du Nord, dans la circonscription  de Bergues, en 1833, après un premier échec deux ans plus tôt.

     Réélu par la Flandre en 1834 et 1837, il choisit cette année-là de représenter la Saône-et-Loire, sa terre natale qui l’a aussi élu, à une époque où on pouvait être candidat dans des circonscriptions différentes. Lamartine sera député jusque 1851. Notre homme se fait aussi historien quand il écrit une Histoire de Girondins, à l’usage du peuple.

     La Révolution de février 1848 le projette sur le devant de la scène politique. Elle fait de lui, et pour quelques mois, l’homme fort d’un gouvernement provisoire qui proclamera la 2è république, le suffrage universel et l’abolition de l’esclavage. Un échec cuisant à l’élection présidentielle de décembre, face à  Louis-Napoléon Bonaparte, amène Lamartine à quitter le devant de la scène politique.

     Il redevient homme de lettres, " forçat de la plume ", obligé d’écrire pour éponger des dettes tentaculaires. C’est dans une quasi-misère qu’il meurt, à Passy, le 28 février 1869.

     Pourquoi donc un lien si fort entre le nom de Lamartine et Hondschoote ? La réponse  tient en la présence de sa sœur Eugénie dans notre ville. Elle est l’épouse de Bernard Coppens, maire d’Hondschoote et a  ainsi l’occasion d’accueillir chez elle son écrivain de frère. Grâce à ses nombreuses relations,
elle contribue à son élection à la députation, alors que le scrutin est censitaire et donc réservé aux notables.
    
     Homme influent, Lamartine, se montre généreux envers Hondschoote. En 1835, il fait don à la ville des pompes de la grande citerne située derrière l’église. C’est à lui aussi que l’on doit la présence dans notre cité de deux tableaux, dons de l’Etat à la demande du député ... de Mâcon. Le premier est visible à l’hôtel de ville ; peint par Bellangé en 1840, il représente la bataille d’Hondschoote. Le second se trouve à l’église ; oeuvre de Decaisnes, il représente la prophétie de Siméon.
                        A suivre...
 
D GILBERT      Professeur d'Histoire au Collège Lamartine



rue de la Libération


     La principale artère d’Hondschoote est, sans nul doute, la rue de la Libération.

     Pourquoi donc cette appellation et un  " L " majuscule au mot Libération ?
Sous ce vocable, les historiens  placent l’ensemble des actions menées par les forces alliées, et la Résistance, pour libérer le territoire français de l’occupation étrangère, entre 1943 et 1945. La Libération est donc une période de notre histoire contemporaine.

     Pour Hondschoote, cette page de notre histoire nationale s’est écrite  le 7 septembre 1944. C’était il y a un peu plus de 60 ans et 151 ans presque jour pour jour après la célèbre bataille de la Révolution Française. Mais cette-fois-ci, les opérations militaires se sont déroulées sans effusion de sang !

     Ce sont des soldats canadiens qui sont entrés à Hondschoote, ce matin du jeudi 7 septembre. Ils pénétraient dans une cité abandonnée par presque tous ses occupants allemands, quelques jours auparavant. Les libérateurs ont donc été accueillis par une population en liesse qui n’avait pas hésité à pavoiser.

     Ces soldats du Nouveau Monde appartenaient à la 1ère Armée canadienne débarquée en Normandie en juin1944. Cette force de 160 000 hommes constituera ensuite l’aile gauche du dispositif allié chargé de libérer le nord-ouest de l’Europe, plus particulièrement les régions côtières et ainsi les ports de la Manche et de la Mer du Nord.

     La 1ère Armée canadienne commandée par le général Crerar, regroupait des soldats de plusieurs nationalités dont des Polonais qui constituaient la 1ère Division blindée(1). C’est d’ailleurs elle qui libérera St Omer, Cassel, Poperinge et Ypres.

     La 2ème Division d’infanterie canadienne reçut pour tâche de nettoyer le secteur situé à l’est de Calais. Ce sont  des éléments de la 6ème Brigade(2) de cette division  qui ont libéré Hondschoote, alors que d’autres, le même jour, libéraient Rexpoede. Ils venaient de Watten  par Esquelbecq et Zegerscappel et étaient passés à proximité de Bergues.

     Après avoir quitté la D110 pour les Six chemins, le gros des  troupes a emprunté le Loo Weg par le Bon Coin puis l’Etoile, à destination de la Belgique, évitant ainsi  la traversée d’Hondschoote. Le passage des éléments de la 2ème Division canadienne, par cette voie étroite aurait duré 24 heures. C’est dire l’importance des hommes et du matériel que comprenait cette unité.
Les libérateurs furent des éléments d’avant-garde ayant reçu pour mission d’investir Hondschoote. Certains, les 1ers sans doute, et principalement des fantassins, sont entrés par la rue de l’ouest. D’autres plus tard, sont arrivés par la rue de Furnes, après avoir emprunté la D3 depuis l’Etoile. Cette 2ème colonne motorisée comprenait des blindés légers et, au moins, un char Sherman. S’agissait-il d’une manœuvre en tenaille ? Ou plus simplement un détour vers le centre ville pour voir ? Nul ne le sait plus !

     La Résistance locale, avec à sa tête le lieutenant-médecin Robert Thibaut, attendait les Canadiens. Quelques Allemands aussi. Cachés, semble-t-il dans une cave, ils s’empressèrent de se rendre, trop contents d’en avoir fini avec la guerre.
Nos Canadiens ont stationné en ville quelques heures, en particulier sur la Grand place . La population hondschootoise a pu ainsi fêter comme il se doit ses libérateurs, lesquels étaient francophones et anglophones(3) . Des photos jaunies doivent encore se cacher dans les greniers, immortalisant l’événement. J’espère que cette évocation en fera sortir quelques-unes …

     La pause ne pouvait durer car les opérations militaires se poursuivaient en Belgique. Le lendemain, 8 septembre, la 6ème Brigade s’empara de Furnes, Nieuport et Adinkerke. Le 9, elle libéra La Panne. Des Allemands refluèrent alors vers la France et c’est toujours la 6ème Brigade qui donna l’assaut à Bray-Dunes puis à Ghyvelde, les  13,14 et 15 septembre.

     Plus à l’ouest, c’est Bergues que d’autres Canadiens libérèrent, le 16 septembre. Ils appartenaient à la 5ème Brigade et au 18ème Régiment d’automitrailleuses. Cela se passa autrement hélas. Les Allemands avaient piégé le beffroi, l’église et deux maisons avant de quitter la ville. 42 morts et 60 blessés. Tel est le bilan d’une  tragédie qu’ évita Hondschoote. Il est vrai que notre cité n’avait pas le même intérêt stratégique que Bergues.

     Les Canadiens de la 3ème Division d’infanterie isolèrent Dunkerque et ses environs mais n’investirent pas ce qui était devenu un camp retranché. En octobre, ils cédèrent la place à  des troupes tchécoslovaques et à la Résistance. Le port de Dunkerque détruit ne pouvant être d’aucune utilité, le siège s’éternisa, empêchant le retour chez eux des réfugiés dunkerquois d’Hondschoote. Ce n’est que le 9 mai 1945 que l’amiral Frisius, commandant de la forteresse de Dunkerque rendra les armes, le lendemain de la capitulation allemande et donc de la fin officielle de la 2ème Guerre mondiale en Europe.

     Entre temps, nos canadiens avaient eu le temps de s’illustrer en Belgique puis sur le sol allemand. Et le mot Libération d’apparaître sur les plaques de la rue principale de notre cité.

     C’est en effet le 19 avril 1945 que la Délégation spéciale, instituée depuis peu en remplacement du conseil municipal, et présidée par le docteur Thibaut, chef de la Résistance locale  a  officialisé le changement d’appellation de la rue de l’ouest en rue de la Libération(4). Ainsi la nouvelle autorité municipale a voulu, selon les termes de l’acte officiel, " perpétuer le souvenir inoubliable de la Libération de la ville, le 7 septembre 1944 ".
 
 
D.GILBERT (à suivre)
 
(1) Une division comprend souvent 3 brigades divisées en régiments. Une division comprend environ 15 000 hommes, une brigade en comprend environ 5000  et un régiment de 1000 à 1500.
(2) Commandée par le brigadier (général) J.G. GAUVREAU, dont le nom ne peut qu’évoquer des ancêtres français !
(3) Ils faisaient partie du Régiment des fusiliers de Mont-Royal, du  Queen’s Own Cameron Highlanders of Canada (Regiment) et du South Saskatchewan Regiment.
(4) Par le même acte, il est aussi décidé  que la Grand Place s’appellera place du Général de Gaulle " en l’honneur de ce grand Français qui a relevé le drapeau de la France et a chassé l’ennemi du Sol
national . "



Foch, Leclerc, Juin


Foch, Leclerc, Juin. Ces trois hommes ont donné leur nom à des rues d’Hondschoote, et à celles de bien d’autres villes en France.

     Ce modeste article va les associer car ils ont un point commun : tous trois ont été élevés à la dignité de maréchal de France, la plus élevée de la hiérarchie militaire française. Officiers généraux, ils ont commandé en chef et amené leurs hommes à la victoire. Ils ont pu de ce fait tenir le bâton de maréchal orné, comme leur uniforme, de sept étoiles.

     Le titre de maréchal est très ancien. A l’origine, au XIIème siècle, il était attribué au responsable des soins donnés aux chevaux et le mot survit toujours dans le métier, devenu confidentiel, de maréchal-ferrant . Sous la monarchie, le titre de maréchal est donné à un important fonctionnaire, dirigeant notamment la cavalerie, mais pas forcément militaire,
 
     Foch a été l’un des huit maréchaux de la Première Guerre mondiale (1914-1918), avec Joffre et Pétain pour les plus connus. Leclerc et Juin ont été deux des quatre maréchaux de la Deuxième Guerre mondiale (1939-1945) avec De Lattre de Tassigny et Koenig.
 
     Ferdinand Foch (1851-1929) a exercé plusieurs commandements durant la Grande guerre.
     Cassel lui a érigé une statue équestre commémorant  ainsi la période d’octobre 1914 à juin 1915 pendant laquelle il a eu son QG en la ville la plus haute de Flandre (176m). En mars 1918, Foch devient commandant en chef des armées alliées qu’il mène à la victoire sur l’Allemagne. Maréchal de France depuis août , il signe pour la France l’armistice du 11 novembre 1918.
 
     Leclerc (1902-1947) s’appelait en vérité Philippe de Hauteclocque. L’un des tous premiers officiers à se rallier au général de Gaulle, dès le 25 juin 1940, son surnom restera pour toujours  associé au serment de Koufra et à la 2ème DB
     Koufra est une oasis de Libye dont Leclerc s’empare avec une poignée d’hommes, le 1er mars 1941, jurant alors de ne déposer les armes que lorsque les couleurs nationales flotteront sur la cathédrale de Strasbourg. Promesse tenue lorsque le 23 novembre 1944, il libère la ville à la tête de la 2ème division blindée (2ème DB).
     Cette unité de la France combattante, constituée au Maroc en mai 1943, débarquera et combattra en Normandie, libérera Paris avec la Résistance. La 2ème DB participera encore à la libération de l’est de la France et s’emparera même du  « nid de l’aigle », résidence alpine d’ Hitler à Berchtesgaden, le 5 mai 1945.
     Mort accidentellement en 1947, Leclerc a été élevé au maréchalat, à titre posthume en 1952.
 
     Alphonse Juin (1888-1967) est sans doute le moins connu de nos trois maréchaux. Officier de carrière lui aussi, il prend part aux combats de 1940 avec le grade de général. C’est en novembre 1942 qu’il se rallie à la France libre et à De Gaulle .
     Il commande alors les troupes françaises participant à la reconquête de la Tunisie, puis s’illustre avec elles en Italie, remportant, le 11 mai 1944, la bataille du Garigliano qui ouvre la route de Rome aux Alliés.

     élevé à la dignité de maréchal de France en 1952, Juin assure de hautes fonctions dans l’armée française jusqu’à sa mise à la retraite en 1962.
 
(à suivre)  
 
                                                                                                                D. GILBERT



Qui étaient donc les Trinitaires ?


     Après une rue portant le nom d’un homme illustre, Alphonse de Lamartine, à l’honneur cette fois-ci, un lotissement en train de naître, et qui évoque le nom d’une chose du passé : la saye.
     Pour se rendre sur place, en partant de la rue Lamartine, on emprunte la rue des Trinitaires et on effleure la rue d’Osterburken.

     Qui étaient donc les Trinitaires ?
     C’étaient des religieux appartenant à un ordre fondé en 1198 : l’ordre de La Très Sainte Trinité.

     Leur mission principale était de racheter aux infidèles les chrétiens faits prisonniers lors des croisades. Ils avaient aussi pour vocation de venir en aide aux pauvres et aux malades.

     On les surnommait " les frères aux ânes " , allusion faite à la monture sur laquelle ils se déplaçaient pour collecter les fonds nécessaires à leur action.

     C’est en 1204 qu’ils s’installent à Hondschoote, par la volonté de Gauthier, seigneur du lieu.

     Ils sont appelés ici Trinitaires du Clair Vivier, du nom du domaine sur lequel ils s’installent, au sud de la ville, et où ils construisent couvent, église et bâtiments agricoles. Les frères de la Trinité étaient vêtus  d’une robe de drap blanc ornée d’une croix pattée rouge et bleue, emblème de leur ordre toujours visible sur la façade de l’hôtel de ville.

     La présence des Trinitaires est attestée jusque 1792, année où les communautés religieuses sont supprimées, dans la tourmente de la Révolution française. L’ancien couvent, transformé en maison de campagne , est rasé en 1837. Nul doute que les constructeurs des maisons actuelles ont trouvé quelques  pierres ou briques séculaires, lors du creusement des fondations.

     Une rue dite d’Osterburken à Hondschoote, quoi de plus légitime puisque c’est la ville d’Allemagne  avec laquelle notre cité est jumelée depuis 1979.
Un lotissement de la Saye à Hondschoote, c’est aussi fort logique car on y a fabriqué ce produit textile, six siècles durant.
    
 La saye, ou saie, est une étoffe légère. C’est en fait une variété de serge (ou sarge), tissu de laine  ayant la particularité de présenter des côtes obliques dues à une technique particulière de tissage.   
 
     La production de saye aurait commencé ici au XIIème siècle, voire au XIème, pour s’arrêter définitivement en 1715. Cette industrie hondschootoise a connu des hauts et des bas ; ces derniers correspondant à des périodes de guerre ou de troubles religieux.

     Le 7 mars 1373, à Gand, le Comte de Flandre Louis de Mâle accorde aux sayetteurs d’Hondschoote une franchise sur leur production.  Ce privilège, enregistré dans une charte, s’accompagne du droit de marquer les pièces de tissu de son sceau, vrais label de qualité et appellation d’origine avant l’heure. En échange, le Comte encaisse une redevance par pièce marquée.

     La saye d’Hondschoote va acquérir une renommée européenne, bien au-delà des frontières de la Flandre et des Pays-Bas. C’est la preuve de la qualité du produit et du dynamisme des tisserands en matière de commercialisation. La production de nos sergiers est appelée ondiscota en terre italienne, hondschutt en terre allemande, voire ailleurs anscot ou hanscotta. Les sayetteurs sauront s’organiser en une corporation active  dirigée par un magistrat, sorte de patron des patrons locaux, ayant ses normes de qualité, sa justice consulaire, sa halle aux serges pour le négoce et peut-être l’entreposage.

     L’ actuel hôtel de ville, construit à partir de1558, est aussi une preuve de la richesse passée d’Hondschoote, témoin d’une époque où la cité comptait près de 20 000 habitants, avec 4000 maisons et 3000 fabricants. La taille de l’église, édifiée entre 1513 et 1620, n’est-elle pas la preuve encore visible de ce passé laborieux, où les fidèles devaient être nombreux ?

     Au centre d’une région de production textile, Hondschoote a été, plusieurs siècles durant, la rivale  de villes drapantes voisines comme Bruges ou Gand. Les aléas de l’histoire ont fait que notre bonne cité n’ait pas le même destin. Ce passé prestigieux, mais révolu, méritait bien cette évocation ... et un lieu en perpétuant le souvenir. C’est chose faite.
 
                                    D. GILBERT



Avenue de l’Europe


Une rue, un nom …
 
2004 année marquée par l’Europe ; vous êtes au courant !

     Avenue de l’Europe et square Jean Monnet ; vous voyez où cela se situe ?
Mais savez-vous quelle relation établir entre l’union volontaire de 25 pays et cet homme qu’Hondschoote a voulu honorer ?

     Bien peu connu, Jean Monnet est pourtant l’initiateur de cette Union européenne, à la fois si présente dans notre quotidien et si méconnue, voire redoutée.

     Le 9 mai1950 (1), Robert Schuman (2), ministre français des affaires étrangères, propose, dans un discours inspiré par Jean Monnet, la mise en commun des ressources de charbon et d’acier de la France et de la République fédérale d’Allemagne (3) dans une organisation ouverte aux autres pays de l’Europe. C’est la fameuse Déclaration Schuman, l’acte de naissance de l’Europe unifiée.

     Cinq ans, presque jour pour jour, après qu’ait pris fin le plus sanglant des affrontements entre la France et l’Allemagne, associer leur production de charbon et d’acier, moyens de la guerre comme de la paix, avait une valeur hautement symbolique. Il s’agissait de réconcilier les deux pays en les faisant travailler ensemble et de constituer un tandem franco-allemand, moteur d’une Europe à reconstruire.
Qui était donc celui qu’on surnomme « le père de l’Europe nouvelle » ?
 
     Jean Monnet est né à Cognac en1888, dans une famille de négociants en cognac et c’est comme commis voyageur de l’eau-de-vie familiale qu’il commence sa carrière, sillonnant l’Europe et le monde, lui le jeune homme qui n’avait même pas son baccalauréat ! il deviendra néanmoins un haut fonctionnaire international, jouant un rôle important  dans l’approvisionnement des Alliés durant la Guerre de 14-18, dans la rédaction des traités de paix qui la suivirent, et dans la création de la Société des Nations, ancêtre de notre ONU. Jean Monnet donnera ensuite dans la finance internationale. Il convient ici de relater une anecdote révélatrice de l’ouverture de cet homme sur le monde. C’est en tant que banquier américain de nationalité française, résidant en Chine, qu’il épouse, à Moscou, en 1934, une Italienne, peintre de renom, née à Constantinople !

     Lors de la Seconde guerre mondiale, Jean Monnet est diplomate anglais au service des Américains et œuvre à la gigantesque mobilisation industrielle des états-Unis, laquelle permettra la victoire des Alliés et la libération de l’Europe. En 1943 et 1944, on retrouve Jean Monnet aux côtés du général de Gaulle, à Alger, dans un gouvernement provisoire de la République française. Dans une France libérée, il sera le Commissaire au plan, chargé de la reconstruction et de la modernisation de l’économie du pays. C’est à ce poste que Jean Monnet inspirera le discours du 9 mai 1950 et donc la construction européenne, dont 2004 vient de marquer une nouvelle étape.

     Homme discret, donc méconnu du grand public, Jean Monnet s’ est éteint en 1979, à 91 ans, après avoir  été l’acteur de bien des événements du 20ème siècle. Il repose au Panthéon depuis 1988.

     Jean Monnet a vu son Europe passer de 6 à 9 états-membres. Il aurait sans doute
aimé la voir composée de 25 pays, avec une Allemagne réunifiée et un rideau de fer
levé, savoir qu’elle se rapproche de plus en plus de ses frontières naturelles, celles du continent européen.

     Plutôt que  d’égrener les traités européens, de Rome à Nice, en passant par Maastricht, plutôt que de présenter les institutions européennes, si compliquées, procédons à un test de connaissances sur la cartographie de l’Europe.

En 1951, date de fondation de la CECA (Communauté européenne du charbon et de l’acier), ils étaient 6 pays à composer l’Europe communautaire. En 1973, ils devinrent 9. Ils furent 10 en 1981, 12 en 1986, 15 en 1995 et ils sont 25 depuis le 1er mai 2004.

De quels pays s’agit-il ? Avant d’aller voir les réponses à la fin de ce canal 11, essayez donc de compléter le tableau et la carte ci-joints !
 
                                                                                                    D. GILBERT (à suivre)
 
1) Chaque 9 mai est désormais « Journée de l’Europe ».
2) A ne pas confondre avec Maurice Schumann (1911-1988) homme d’état et écrivain si attaché au Nord et qu’on a pu voir plusieurs fois à Hondschoote.
3) Entre 1949 et 1990, il y a deux Allemagne : celle de l’ouest (RFA) et celle de l’est (RDA).

1951/195719731981198619952004
1710111316
28 121417
39  1518
4    19
5    20
6    21
     22
     23
     24
     25
Les 6 premiersDe 6 à 9De 9 à 10De 10 à 12De 12 à 15De 15 à 25



Réponses (à placer à la fin de la publication)
1951/195719731981198619952004
1 France7 Royaume-Uni10 Grèce11 Espagne13 Autriche16 Estonie
2 Allemagne8 Irlande 12 Portugal14 Finlande17 Lettonie
3 Italie9 Danemark  15 Suède18 Lituanie
4 Belgique    19 Pologne
5 Pays-bas    20 République tchèque
6 Luxembourg    21Slovaquie
     22 Hongrie
     23 Slovénie
     24 Chypre
     25 Malte
Les 6 premiersDe 6 à 9De 9 à 10De 10 à 12De 12 à 15De 15 à 25





la rue de l’Yser


     Avec la rue de l’Yser, nous allons faire de la géographie et de l’histoire.
     L’Yser est un cours d’eau franco-belge qui prend sa source au lieu-dit " le Point du jour ", entre Broxeele et Buysscheure, à 30 m d’altitude et à l’ouest du mont Cassel.

     78 km plus loin, l’Yser se jette dans la mer du Nord, à Nieuport. Si vous avez déjà flâné sur les quais et la jetée de ce petit port belge, vous avez longé  l’embouchure de l’Yser.

     C’est donc bien à un fleuve, et non pas à une rivière, que cet article est consacré. Le fleuve va à la mer. Pas la rivière ! Pour les spécialistes, l’Yser est classé dans la catégorie des fleuves côtiers.

     Sur les 30 km que l’Yser parcourt en France, c’est une dizaine d’affluents qu’il reçoit, la plupart étant de rive droite car en provenance des monts de Flandre. Les plus connus de ces affluents sont la Peene Becque et l’Ey Becque.
Esquelbecq est la seule localité française arrosée par l’Yser qui semble toujours vouloir se tenir à distance des villages, serpentant dans la campagne et vers l’est en raison d’une pente de 0,9 à 0,5 %, donc très faible. Son débit moyen aussi est modeste, ce qui n’empêche pas des crûes mémorables en cas de fortes pluies mais permet de comprendre que notre fleuve se résume parfois à un maigre filet d’eau, en cas de forte sécheresse d’été.

     Devenu Ijzer, en passant la frontière belge, le fleuve traverse Roesbrugge. Il se met progressivement à couler vers le nord et s’élargit. Désormais canalisé et navigable, il est ainsi relié à Ypres comme à Furnes.

     Près de son embouchure, après être passé par Dixmude, seule ville importante sur son trajet, l’Yser endigué coule dans une région de polders, à une altitude supérieure à celle des terres voisines. Cela a nécessité la mise en place d’un système de vannes et d’écluses permettant de réguler la hauteur d’eau en fonction des marées, évitant l’inondation à marée haute et favorisant l’écoulement des eaux à marée basse. Cette particularité aura toute son importance pour l’aspect historique de cet article qui m’amène à évoquer la bataille de l’Yser, épisode important du début de la 1ère Guerre mondiale.
Nous sommes au mois d’octobre 1914 et après l’invasion allemande d’août, la bataille de la Marne qui l’arrête en septembre, vient le temps de la course à la mer, vaste manœuvre de débordement réciproque qui voit Allemands d’un côté, Français, Belges et Britanniques de l’autre s’affronter, en Flandre notamment, jusqu’à atteindre la mer du Nord.

     L’Yser, entre Dixmude et Nieuport, sera la barrière sur laquelle soldats français et belges arrêteront l’armée allemande. L’inondation à l’eau de mer des terres basses proches de l’Yser les y aidera.
La bataille de l’Yser va durer du 16 au 31 octobre 1914. Sans cette inondation, provoquée le 27 par l’ouverture  des écluses et vannes de " la patte-d’oie de Nieuport ",(1) les Allemands auraient massivement franchi le fleuve canalisé, filant vers Dunkerque.

     N’oublions pas cependant d’évoquer le sacrifice des troupes franco-belges, sans lequel les Allemands auraient percé, à Dixmude en particulier, là  où l’Yser fait un coude. La ville sera en effet le théâtre de terribles affrontements(2).
Dans ces combats se trouve une autre originalité de la bataille de l’Yser. Les troupes françaises qui ont tenu à Dixmude étaient composées d‘ une brigade de fusiliers marins bretons et de deux bataillons de tirailleurs sénégalais, aux ordres de l’amiral Pierre-Alexis Ronarc’h. Le nom de cet officier de marine évoque sans doute pour vous une rue du centre de Dunkerque. Ses fusiliers marins ont la leur à proximité(3). C’était bien la moindre des choses que de les honorer, eux qui ont évité le pire aux habitants de la cité de Jean Bart, en cet automne de 1914.
 
     La ligne de front, stabilisée le long de l’Yser à la fin de 1914 et prolongée vers le sud jusqu’à Ypres, ne bougera plus jusque 1918.
 
 
D.GILBERT (à suivre)
 
(1) " La patte-d’oie " est un ensemble d ‘écluses et de collecteurs qui permet de réguler l’écoulement des eaux en fonction des marées, à l’est du port de Nieuport. Ce sont 6 voies qui amènent l’eau douce ici, d’où le surnom donné à l’endroit. A proximité se trouve le mo-
nument Albert 1er. Roi des Belges pendant la Grande Guerre, commandant son armée, il incarna la résistance à l’envahisseur allemand et fut surnommé " le Roi-Chevalier ".
(2) Dixmude garde le souvenir des combats de 1914. On peut y visiter " le boyau de la Mort ", vestige de ce qui fut la position la plus avancée de la ligne de défense belge et donc terriblement exposée aux tirs ennemis ; d’où son surnom. C’est à Dixmude que se trouve la tour de l’Yser, impressionnant monument érigé en la mémoire des combattants flamands.
(3) Un monument dunkerquois honore aussi ces marins initiés aux combats à terre et qu’on surnomme " les marsouins ". Il se trouve rue de l’écluse de Bergues, non loin de la sous-préfecture.



Saint Winoc


Prince de Bretagne et apôtre de la Flandre, tel peut être présenté Saint Winoc dont le nom est associé à la ville voisine de Bergues et à son histoire.

Winoc  est né en 627. C’est le fils du roi d’Armorique Judicael 1er. Avec ses trois frères1, il s’en vient au monastère bénédictin de Sithiu créé quelques années auparavant par Audomar (Omer) évêque de Thérouanne2.
En 662 Winoc  se voit confier par Bertin abbé de Sithiu,  une mission d’évangélisation  chez les Morins, autour du Groenberg 3butte de 22m d’altitude émergeant des marais alentour. C’est là qu’il s’installe et gagne la population au christia-nisme, lui faisant détruire les autels dédiés au dieu Baal4.
Une vingtaine d’années plus tard, Bertin l’envoie fonder un monastère à Wormhout, sur les bords de la Peene Becque. Il y édifie une église dédiée à St Martin où il est enseveli, à sa mort, en 717. Faiseur de miracles de son vivant, il l’est encore, une fois disparu, et il aurait été canonisé5dès 718.
Winoc, devenu saint, n’aura pas le pouvoir d’empêcher son monastère d’être détruit par les Normands6 qui ravagent la région au 9ème siècle. Les reliques de St Winoc
sont sauvées car transférées, en 846, à Sithiu devenu St Omer. Elles voyageront encore.
C’est d’abord Baudouin le Chauve, comte de Flandre, qui les fait venir dans le lieu fort qu’il a aménagé au pied du Groenberg. Nous sommes en 900 et c’est  l’église St Martin fraîchement construite qui les reçoit. Le lieu simplement entouré d’un fossé et d’une palissade prend alors le nom de Sint-Winoksbergen.
 
C’est la volonté du comte, que de placer le site sous la protection du saint.
C’est un autre Comte de Flandre, Baudouin le Barbu, qui va faire à nouveau voyager les reliques de St Winoc pour les placer au sommet du Groenberg, dans l’église de l’abbaye nouvellement construite. En 1022, St Winoc passe ainsi de l’église d’en bas à l’église du haut !
Les reliques du saint voyageront encore, au gré des guerres et des pillages. Ce qu’il en reste se trouve dans une châsse de l’actuelle église St Martin de Bergues.
 
D.GILBERT
 
À suivre …
 
1 Ce sont peut-être de simples amis, voire des parents moins proches. Les certitudes manquent pour cette période du haut  Moyen- Âge, tant sur les personnes que sur les dates.
2 Commune du Pas-de-Calais qui a été la capitale des Morins puis le siège d’un puissant évêché avant d’être détruite par Charles Quint en 1553, perdant ainsi son rôle régional.
3 En français, le Groenberg, c’est le Mont vert.
4 Divinité du Moyen-Orient dont  le culte s’est répandu en Europe de l’ouest et se célébrait sur des hauteurs.
5 Canoniser, c’est  pour l’Église catholique, faire d’une personne un saint.
6 Ce sont les vikings, les hommes du nord. Venus de Scandinavie, ces guerriers, navigateurs et marchands feront des expéditions maritimes et fluviales en Europe entre le 8ème et le 11ème siècle.



© CC-Flandre - Mairie d'hondschoote
Mentions légales